Ce que fait Johnny, je le faisais moi aussi, car je le ressentais. Mais je ne ressens plus le besoin de me mettre à genoux sur scène et, si j'essayais, ça ne passerait pas.

EMC Biographie
Chapitre 1, Les "Sixties"

 

Entrer dans un studio, afin de voir en réalité le même micro que celui qui est sur la pochette du 45 tours de Gene Vincent, telle était la première motivation de Claude Moine.


La nouvelle génération était décidée à chanter des chansons de jeunes pour un public de jeunes. Les postes de radio de l'époque diffusaient de la variété bien française : Luis Mariano, André Claveau, etc.


La suite : les copains (n’oubliez pas, nous sommes en 1960), trois guitares, une batterie, un chanteur, en ces années-là, cela fait vite un groupe. C'est décidé, il sera chanteur, c'est mieux. Il n'y a pas d'instrument à porter et puis il ne chante pas trop mal..., ça aide quand même.


Le golf Drouot, le square de la Trinité, autant de flashs dans la mémoire de ceux qui ont la cinquantaine aujourd’hui.


Grâce au studio que leur loue un aveugle, le groupe répète, fait du rock, ce qui est nouveau en France... Et puisqu'un petit jeune, Jean-Philippe Smet (Johnny Hallyday), commence à faire parler de lui, alors pourquoi pas eux...


Ils n'ont que quatre ou cinq chansons à leur répertoire. Claude Moine prend alors l'annuaire téléphonique et à la rubrique disques, le premier sur la liste est "Barclay". Il téléphone, obtient un rendez-vous... Première audition, avec une heure de retard, car il faut réunir avec une seule voiture les cinq membres du groupe disséminés dans Paris.


Un jour de novembre 1960, Claude Moine rencontre pour la première fois, et pas pour la dernière, un certain Jean Fernandez.


Premier enregistrement des Five Rocks, c'est le nom du groupe (ils font du rock et ils sont cinq, alors pourquoi chercher plus loin). Il faut un nom pour le chanteur. Claude Moine admire Eddie Constantine. Ce sera donc Eddy avec un "y" parce que le patron Barclay c'est Eddie...Il faut une différence quand même ! Le nom Mitchell, à cause de la consonance américaine, sera trouvé par Jean Fernandez.


Mais c'est mal connaître les rouages économiques de l’époque. Eddie Barclay a négocié avec une firme de chaussettes un contrat commercial de publicité.


Ainsi les Five Rocks enregistrent leur premier 45 tours. Ils écoutent à la radio avec stupeur le disque… des Chaussettes Noires ! Il s’agit bien des mêmes. Ce sont bien eux ! Eddy est furieux, les autres membres du groupe aussi. Les auditeurs eux sont ravis, la voix d'Eddy est là et le nom, même s'il surprend, importe peu.


Dès lors toute la jeunesse française se retrouve autour de chanteurs du même âge qu’elle. Une musique vient de voir le jour et bientôt une émission de radio, une presse spécialisée, puis une mode jeune, le tout conduisant à l'inévitable conflit des générations. Une nouvelle ère musicale commence avec l'explosion de l'industrie du microsillon, la société de consommation s'en trouvera confortée. On fabriquera même des idoles...


Les sixties commencent.


Premier disque des Chaussettes Noires, premier succès " Be Bop a Lula ". Dès lors tout va aller très vite.


Première tournée du groupe avec Jean Nohain. Premier jour au bas de l'affiche en lever de rideau, deuxième jour vedette anglaise, troisième jour vedette américaine, quatrième jour vedette du spectacle... Le problème, c'est tout simplement qu'ils ne possèdent pas suffisamment de titres à leur répertoire... Ce n'est pas grave, on refait les mêmes chansons plusieurs fois. Le public aime ça et en redemande, alors pourquoi s'en priver...


Les disques se succèdent avec succès (Daniela), les galas aussi, parfois deux par jour. Ils font dans la même année 1961, deux jours au Palais des sports, deux jours à l'Olympia et trois semaines à l'A.B.C. Il y a également les tournées, où après leurs passages les salles ressemblent à des champs de bataille... Pendant ce même temps le cinéma exploite le phénomène. Eddy et les Chaussettes Noires tournent plusieurs films en jouant leurs propres rôles... Les cinéastes de l'époque avaient de l'imagination comme vous pouvez le constater !


Alors qu’il commence à s’habituer à ses "Chaussettes", Eddy reçoit une "invitation" gracieuse du Ministère des Armées. Cette "invitation" est faite de telle sorte qu'il ne peut se dérober. En mars 1962, Eddy est incorporé sous les drapeaux. Inquiet ? Oui et non. Au départ ne croyant pas trop le phénomène durable, il pense qu'au retour du service les choses auront changé musicalement et que lui et ses "Chaussettes" tomberont dans l'oubli à moins que…


Pendant leurs permissions Eddy et les Chaussettes enregistrent des disques ensemble. Eddy en profite également pour enregistrer un 45 tours en solo avec grand orchestre et violons, puis un deuxième 45 tours contenant "Be Bop a Lula 63". Un trente centimètres arrivera aussi sur le marché "Voici Eddy… C'était le soldat Mitchell" avec "Chain Gang" et "Quand une fille me plaît" entre autres titres. A partir de maintenant, Eddy a envie de varier ses accompagnements. Une formation restreinte ne le contente plus sur le plan musical.


Libéré de ses obligations militaires et en attendant celle de ses complices, Eddy part pour la première fois à Londres enregistrer un nouvel album "Eddy in London". L'accompagnement est assuré par les meilleurs musiciens de séance anglais dont Big Jim Sullivan. Douze classiques du rock and roll chantés en français constituent cet album. Les titres forts passeront en radio en cette fin d'année 1963 qui verra en même temps la séparation définitive du groupe "Les Chaussettes Noires".


Fort de sa première expérience londonienne, Eddy récidive en 1964 avec deux albums made in England "Panorama" et "Toute la ville en parle... Eddy est formidable" avec des succès comme "Pas de chance", "Repose Beethoven" et sur le deuxième album "Fauché" et "Toujours un coin qui me rappelle". Ce dernier titre fera une carrière internationale, mais interprété par Sandie Shaw et produit par l'assistant du preneur de son auquel Eddy avait donné l'autorisation de prendre une copie de l'enregistrement effectué en studio par Eddy Mitchell lui-même…


En ce milieu des années soixante le conflit des générations s'est apaisé quelque peu. En effet Eddy est rassurant (pour les parents) car lorsqu’il chante sur scène il ne se roule plus par terre (ou très peu...).Il a coupé ses cheveux trop longs pour l'époque et de plus la pochette de son trente-trois tours le représente avec costume et cravate. Sa chanson "Toujours un coin qui me rappelle" est très bien accueillie par tous les publics, jeunes et moins jeunes ...


Début 1965, Eddy aborde pour la première fois, seul, une scène parisienne, Bobino, où il succède à Georges Brassens pour plusieurs semaines. Eddy s’adonne de plus en plus à l’écriture des paroles de ses chansons pensant que l'on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Deux albums seront enregistrés également à Londres cette année-là, avec des tubes comme "J'avais deux amis" (hommage à Buddy Holly et Eddie Cochran), "Si tu n'étais pas mon frère", "Et tu pleureras", "S'il n'en reste qu'un". Dans ce dernier titre Eddy annonce la couleur... Il restera rock.

Ce n’est qu’une chanson dira-t-il, mais tout le monde y a cru…, sauf lui. Tant pis l’étiquette lui restera indéfiniment. Son répertoire a évolué, majoritairement rock avec des intonations de rhythm n’blues.

Les cuivres font des apparitions de plus en plus prépondérantes dans les sessions de Londres. Cette évolution musicale est d'autant plus intéressante qu'Eddy découvre qu’il a dans son propre orchestre de scène, et ce depuis 1964, un pianiste Pierre Papadiamandis qui compose des musiques qui collent parfaitement à l'auteur Claude Moine et au chanteur Eddy Mitchell.


Le premier titre enregistré en 1966 "J'ai oublié de l'oublier" sera un succès et marquera la première pierre de la longue collaboration du tandem Claude Moine - Pierre Papadiamandis , avec plus de la moitié de la production de titres en commun en 2004.


Citer tous les succès serait trop long. On se limitera à retenir ici seulement "Alice", "La dernière séance", "Il ne rentre pas ce soir", "Couleur menthe à l'eau", "Le cimetière des éléphants", "Comme quand j'étais môme", "M’man", "Rio Grande", "Un portrait de Norman Rockwell", "Sur la route 66 " etc...


En 1966 l'intégralité de la production reste londonienne avec des succès comme, "De la musique", "J'ai oublié de l'oublier", "Seul", "L'épopée du rock".


Côté scène, en début d'année 1966, Eddy refait une nouvelle fois Bobino pour trois semaines et attaque pour la première fois l'Olympia en Mars 1967 et ce pour 15 jours.


Cette année-là les titres seront enregistrés à Londres mais aussi à Memphis ou plus exactement à Muscle Shoals en Alabama. Toujours est-il qu'Eddy réalise là son vieux rêve américain, (il attendra curieusement 7 ans avant de retourner enregistrer aux U.S.A.). De cette session il ramènera en France un nouveau grand succès "Alice" qui a plus de trente cinq ans aujourd'hui et qui n'a pas vieilli.


Dans l’univers musical de cette époque Eddy est le seul à rester fidèle à son style, ce qui ne veut pas dire qu'il ne fait que du rock et rien que cela. Non au contraire, il s'intéresse à tous les courants musicaux et c'est comme cela que l'influence de la soul music se fait sentir dans ses chansons qui ont le mérite d'être en majorité des compositions françaises.


Après un nouvel enregistrement à Londres "Je n'aime que toi" en 1968, (alors que la jeunesse française fait une nouvelle révolution, mais pas musicale celle-là !), Eddy Mitchell enregistre son premier album à Paris "Sept colts pour Schmoll". Il délaisse ainsi Londres où il enregistrait régulièrement depuis fin 1963. La particularité de cet album réside à la fois dans la pochette où Eddy apparaît en héros de bande dessinée (sa troisième passion après la musique et le cinéma), mais aussi au fait que tous les titres s’enchaînent par des phrases courtes et humoristiques déclamées par Eddy sur fond de musique Western.

De ces sessions parisiennes sortent de bons titres sur lesquels il est accompagné de ses musiciens de scène "Le fou sur la colline", de Jean-Claude Petit "Miss Caroline", mais aussi du groupe Zoo "Dodo métro boulot dodo".


En 1969 Barclay éditera le premier album live d'Eddy Mitchell enregistré à l'Olympia le 8 avril 1969.


Les tournées et les albums se succèdent au fil des ans avec à l'horizon les années 70 annonçant la fin des Sixties, la fin du 45 tours 4 titres et le début de la crise du pétrole.....

 

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